Dimanche 8 novembre

Dimanche 8 novembre 2020, 32ième dimanche du temps ordinaire

La prévoyance est à l’honneur dans l’évangile de ce jour, avec une histoire qui pourra apparaître un peu étrange à nos oreilles contemporaines, voire même un peu désuète ou surannée. Difficile en effet de nous représenter ces dix jeunes filles, invitées à des noces, « sorties à la rencontre de l’époux » et dont la moitié seulement ont eu la présence d’esprit d’emporter tout le nécessaire à leur veille tardive. Quoi qu’il en soit, si le rituel ainsi décrit nous échappe, la notion de prévoyance peut encore nous dire quelque chose aujourd’hui.
Ces dernières semaines, beaucoup de gens se demandent par exemple si le gouvernement s’est montré suffisamment prévoyant, durant les trois mois de l’été dernier, pour préparer notre pays à la deuxième vague épidémique désormais bien en place. Cependant que le même gouvernement se réclame de la même prévoyance pour justifier des mesures restrictives un peu dures, sans que nous n’ayons vraiment notre mot à dire.
La prévoyance est donc un art difficile, qui implique de prendre en compte des événements qui ne sont pas encore survenus et dont on ne sait pas s’ils surviendront et quand ils surviendront.
Et voila comment cinq jeunes filles se retrouvent en pleine nuit à cours de lumière, tandis que cinq autres sont encore à même de veiller jusqu’à l’aurore.
En matière de gouvernance il faut donc prévoir, et c’est une faute de ne pas le faire, ou tout au moins de ne pas le faire suffisamment. Ce constat peut même s’appliquer à la gouvernance que nous menons de notre propre vie, tout me semble bien clair.
Je me demande pourtant ce qu’il en est dans un ordre plus spirituel des choses, au sens ou ce mot désigne une capacité intérieure à s’ouvrir à plus grand que soi, jusqu’à Dieu lui même. Pour ma part j’ai déjà remarqué à de nombreuses reprises que la rencontre effective avec le Seigneur est difficile à prévoir. Nous pouvons le ressentir très lointain alors que nous le désirions proche, ou à l’inverse, avoir tout à coup l’assurance qu’il se tient tout prêt, alors que nous étions nous même partis très loin. C’est une expérience tout à fait marquante.
Il n’y a pas d’automatisme dans la vie spirituelle, qui pourrait impliquer qu’il se passera cela, si moi je fais ceci. C’est pourtant parfois ce que nous réclamons il me semble, mais s’il en était ainsi, Dieu ne serait plus vraiment lui-même, tenu de me répondre quand je le sollicite, ou de garder le silence lorsque je n’en ai plus besoin.
Est-ce à dire alors que ma vie spirituelle se joue comme en dehors de moi, selon le bon vouloir du Seigneur lui même, et que je suis de ce fait dégagé de toute prévoyance à son égard ?
Incontestablement, la fréquentation de l’écriture et le témoignage des plus grands maitres spirituels ne nous dit pas cela. La rencontre du Seigneur est le fruit d’un désir, qui demande un investissement bien concret qui se décide et se prévoit ; par du temps donné, par un cadre posé, toutes sortes de mises en œuvre qui sont de mon côté. Mais lorsque tout est prêt, je dois encore me présenter comme si rien ne l’était. Je suis là, c’est tout, et le reste s’efface pour laisser la place.
C’est la force de ces jeunes filles qui n’ont pas oublié de se munir de suffisamment d’huile pour leur lampe. Tout cela n’est d’aucune utilité, d’aucune valeur, si ce n’est de pouvoir tenir éveillé, pour ne pas manquer le Seigneur qui passe dans le fil de ma vie.

Mathias