Servir !

Servir !

Une nouvelle fois (et j’espère que ce sera la dernière fois) la feuille de ce mois n’aura qu’un seul côté. A l’heure où j’écris ces mots, notre pays s’apprête lentement à se déconfiner, selon ce nouveau vocable que nous maitrisons maintenant parfaitement, pourtant selon les mots même du premier ministre la célébration publique des sacrements ne pourra pas reprendre avant le 2 juin, juste après le dimanche de Pentecôte.
Cette décision suscite dans notre Eglise un fort questionnement, plusieurs évêques dont le nôtre s’en sont émus (Vous pouvez retrouver la réaction de notre évêque sur le site du diocèse) et je le comprends bien.
Dans un état laïc, séparé de l’Eglise, il y a comme une atteinte à une liberté fondamentale si nous sommes empêchés de vivre notre foi comme nous le voulons. C’est d’autant plus difficile à comprendre quand une grande partie de la vie sociale et économique s’apprête, elle, à reprendre. Faut-il y voir une manifestation claire d’anticléricalisme ou pire encore,
d’indifférence hautaine et profonde pour toute appartenance religieuse ? Certains semblent le penser mais je ne joindrai pas ma voix à la leur. J’ai la naïveté de penser que se trouver aux postes de décisions en ce moment ne doit pas être chose aisée, je n’en rajouterai donc pas.
S’il faut attendre jusqu’au 2 juin pour pouvoir célébrer tous ensemble et bien nous attendrons. J’ai visité quelques régions dans le monde où les chrétiens patientent bien plus longtemps que quelques mois pour se retrouver autour de la table eucharistique.
130 prêtres de notre pays ont signé dans un grand journal une lettre ouverte réclamant au président de la république la possibilité de pouvoir célébrer publiquement les sacrements dès le 11 mai. Une telle démarche n’est pas illégitime et ils ont intitulé leur appel : « Laissez nous servir ». Oui c’est vrai nous célébrons les sacrements non pas pour nous mêmes (il est d’ailleurs assez « difficile » de devoir célébrer la messe tout seul), mais pour servir le peuple qui nous est confié. Alors oui d’une certaine manière il ne nous est plus possible de servir.
Mais je voudrais quand même remarquer que l’on ne nous a pas tout enlevé, quand aux outils aptes à nous permettre de rendre service. Nous avons encore des jambes, des bras qui peuvent nous porter jusqu’à la rencontre, même à 1 mètre de distance. Pouvoir parler à une véritable personne est un véritable service en ce moment.
Chaque matin j’ouvre l’église et j’use de ce temps qui m’est donné pour y habiter plus intensément. Ma prière se guide sur les bruits extérieurs et porte chacun à Dieu, J’essaie de n’oublier personne. Le soir quand je referme je m’aperçois que d’autres ont ajouté leur prière à la mienne. Je vois là un vrai service, sans doute assez éloigné des préoccupations du premier ministre, mais tout au moins cela, il ne me l’a pas pris. Mathias