Toussaint

Même si vous préfèreriez ne pas vous y attarder, il ne vous aura pas échappé que le contexte de ces derniers jours se trouve comme emprunt d’une certaine lourdeur. Inquiétudes sanitaires, économiques et maintenant sécuritaires, tout cela dresse un tableau un peu sombre, et pas à première vue au moins, vraiment en phase avec l’évangile de ce jour, scandant innocemment et à neuf reprises le mot heureux.
Faut il s’en faire la remarque, ou arriver directement à la conclusion que toute expression de foi, et même encore au delà, toute Parole de Dieu, ne peut avoir de lien quelconque avec notre vie réelle, si ce n’est pour nous permettre d’en échapper, comme en rêve ?
C’est une critique que j’entends souvent. Cependant une écoute plus fine des mots de l’évangile, s’interrogera peut-être des proximités dérangeantes que le texte met en place.
Heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui ont faim, ceux qui ont soif, ceux qui crient à l’injustice, et ceux qui sont persécutés….quel étrange tableau. En réalité, l’appel au bonheur tel qu’il est annoncé et décrit par Jésus n’a rien de plat. Dans l’évangile ; le bonheur se cherche, pas après pas, et si la recherche est en elle même source de joie profonde, elle ne peut effacer par magie, aucune des difficultés pouvant lui être liées. Voilà pourquoi le mot heureux est premier, suivi de toute une série d’autres, dont nous nous passerions, forcément.
Le chemin des béatitudes est à cette hauteur. Les saints et les saintes que nous fêtons aujourd’hui l’ont parcouru, chacun, chacune à leur manière, et suivant les différentes circonstances de leur vie particulière. La multitude de leur visage, de leur histoire, est une invitation à risquer nos pas sur le même chemin que le leur. Bien sur, les conditions d’aujourd’hui ne sont pas les meilleurs et pourraient faire office d’excuse valable pour différer la marche à plus tard, mais les béatitudes de Matthieu sont une boussole fiable, avec mise à jour intégrée, pour qui veut bien les confronter à notre temps.
Heureux celles et ceux dont la soif de grandir reste plus forte que toute immobilité.
Heureux celles et ceux qui, au delà de tous les amalgames, préjugés et craintes, osent la confiance, et font de la rencontre de l’autre le trésor de leur passage ici bas.
Heureux celles et ceux qui se gardent de blesser et de caricaturer tout autre forme de pensée que la leur, ils font œuvre de paix.
Heureux celles et ceux que les désordres du monde naturel interrogent et qui apportent des changements réels à leur manière de vivre, loin de toute condamnation d’autrui.
Heureux celles et ceux qui, au delà de toute fatigue, de toute lassitude, se lèvent le matin et assument avec simplicité et détermination les différentes responsabilités, travaux, auxquels la vie les envoie, sans s’obliger à en répandre la teneur sur les réseaux sociaux du moment.
Heureux celles et ceux qui ne se désespèrent pas d’espérer, ils sont comme une lampe qui réchauffe le cœur et rend la lumière à toute obscurité.
Heureux celles et ceux qui croient, et font confiance à Dieu bien plus loin que le nom qu’ils lui donnent, leur prière est comme un lien qui nous tient en communion avec le Seigneur.
Heureux celles et ceux qui choisissent de vivre, inlassablement et quel que soit le temps, et gardent leur coeur et leurs mains grand ouvert, dussent-ils en raison des circonstances, demeurer confiner.
Heureux, bienheureux, tous les enfants de Dieu, foule immense que nul ne peut dénombrer, car vos noms sont inscrits dans les cieux. Amen.
Fête de la Toussaint, 1er novembre 2020
Paroisse saint Martin en vallée d’Olt - Mathias